Interview avec Marion Salmon-Thomas, devenir mère sans renoncer au sport de haut niveau

Huit mois après la naissance de son enfant, Marion Salmon-Thomas remportait sa première Coupe du monde d’escalade sur glace. Dans Mère de glace, film d’ouverture du Xplore Alpes Festival 2026, l’athlète raconte sans détour les bouleversements de la maternité, du corps et de son rapport à la performance. 

Devenir mère ou poursuivre une carrière sportive au plus haut niveau ? Pour Marion Salmon-Thomas, la question ne devrait tout simplement pas se poser en ces termes.

Fausses couches, grossesse, accouchement, récupération physique puis retour à la compétition : Mère de glace, réalisé par Enzo Besson et écrit avec Marion Salmon-Thomas, raconte cette période charnière de la vie de l’athlète française sans chercher à en lisser les difficultés.

Sélectionné pour la 6e édition du Xplore Alpes Festival, le documentaire aura une place toute particulière cette année puisqu’il ouvrira le festival en Tarentaise.

Première victoire en Coupe du monde huit mois après son accouchement

Au sommet de sa carrière, Marion Salmon-Thomas fait un choix encore trop souvent présenté comme difficilement compatible avec le sport de haut niveau : devenir mère sans renoncer à ses ambitions sportives.

Huit mois seulement après la naissance de son enfant, elle remporte pourtant sa première Coupe du monde, avant de devenir vice-championne d’Europe et n°2 mondiale.

Une trajectoire impressionnante que Marion refuse néanmoins de réduire à un exploit ou à un « comeback ».

« Je ne suis pas encore au sommet de mon art. J’ai juste l’impression d’avoir découvert de nouvelles capacités en moi, que ça m’a enrichie. »

La maternité n’a donc pas seulement modifié son quotidien. Elle a profondément transformé sa manière d’aborder la compétition.

Pendant des années, Marion recherchait ce fameux état de flow, lorsque le geste devient parfaitement fluide et que toutes les conditions semblent réunies pour performer. Être mère l’a obligée à accepter une autre réalité.

« Avec un enfant, tout se passe rarement comme prévu, et j’ai découvert que j’avais les ressources pour gérer les aléas, le manque de sommeil, l’intensité d’un accouchement, la responsabilité. Bref, je suis devenue une performeuse, peu importe les conditions dans lesquelles je suis. »

Montrer ce que le sport de haut niveau montre rarement

Mère de glace ne raconte pourtant pas seulement les victoires qui ont suivi la naissance de son enfant.

Le documentaire revient sur les fausses couches, la grossesse, l’accouchement et les transformations physiques et intimes qui accompagnent la maternité. Une vulnérabilité que Marion tenait à ne pas dissimuler derrière le récit d’une athlète victorieuse.

« Le but, c’était de retranscrire la situation réelle, celle que j’ai vécue. Avec mon entourage, on voulait que ce soit brut. »

Une démarche qui lui a demandé du courage. Parce que derrière la championne se trouve aussi une femme confrontée aux mêmes bouleversements et aux mêmes incertitudes que beaucoup d’autres.

« Je voulais montrer que, d’une certaine manière, j’étais un humain comme tous les autres, et que c’est possible de revenir. La maternité ne signe pas la fin d’une carrière. »

Le véritable basculement du film intervient d’ailleurs au moment de l’accouchement. Pendant sa grossesse, Marion avait appris à adapter son activité en fonction de ses sensations et avec l’accompagnement qu’elle s’était construit. Après la naissance, c’est l’ensemble de son quotidien, de son corps et de son identité qui change.

C’est à ce moment que l’histoire devient, selon elle, celle d’une transformation.

La glace comme miroir du corps

Dans le film, cette transformation trouve une métaphore naturelle : la glace.

L’idée, imaginée par le réalisateur Enzo Besson, s’est progressivement imposée comme le fil rouge visuel du documentaire.

La glace met du temps à se construire. Elle change de forme, se fissure, casse puis se reforme. Pour la comprendre, il faut tenir compte de tout ce qui l’entoure. Et surtout, elle ne cesse jamais réellement d’évoluer.

Un parallèle qui résonne particulièrement avec l’expérience vécue par Marion.

« Pour moi, c’est le symbole de la beauté, de la résilience, du lâcher-prise parfois, et ce sont des messages que l’on avait envie de porter à travers l’image. »

« Les femmes n’ont pas à choisir »

Au-delà de son parcours personnel et du sport de haut niveau, Marion Salmon-Thomas souhaite surtout que Mère de glace contribue à déplacer le regard porté sur les femmes et la maternité.

Son message est clair : « Les femmes n’ont pas à choisir entre être mère, être sportive ou être ambitieuse. »

Pour elle, lorsqu’il est adapté et correctement accompagné, le mouvement peut au contraire constituer une ressource pour traverser les transformations du corps pendant et après la grossesse.

Et c’est peut-être l’idée essentielle qu’elle souhaite laisser au public du Xplore Alpes Festival après la projection :

« J’aimerais que ce film invite à regarder les femmes non pas à travers ce qu’elles devraient arrêter de faire, mais à travers tout ce qu’elles sont encore capables d’accomplir. »

Mère de glace ouvrira le Xplore Alpes Festival 2026

Pour sa 6e édition, le Xplore Alpes Festival a choisi Mère de glace comme film d’ouverture.

Une soirée particulière pour Marion Salmon-Thomas et toute l’équipe du film : « C’est un honneur pour nous ! »

Le public pourra découvrir sur grand écran une histoire qui dépasse largement l’escalade sur glace : celle d’un corps qui change, d’une identité qui évolue et d’une athlète qui découvre que la maternité peut ouvrir de nouvelles possibilités plutôt que refermer celles qui existaient déjà.

Le programme complet de cette 6ᵉ édition est disponible sur notre site internet !

Partager cet article

#XploreAlpesFestival

Instagram Facebook Youtube Linkedin Pinterest Spotify

Partenaires majeurs et officiels du Xplore